Cambacérès, le quartier qui sort de terre

Entre deux autoroutes et une gare TGV, Montpellier bâtit 400 000 m² de quartier neuf. En octobre 2025, la Métropole en a effacé les 2 500 logements. Ce qui est debout, ce qui arrive, ce que l’État en dit.

Notre méthode
La gare de Montpellier Sud de France, un TER à quai et les parkings, au milieu des terrains encore nus de Cambacérès
La gare Montpellier Sud de France, ses quais et ses parkings, en avril 2026. Photo : Smiley.toerist, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

À l’est de Montpellier, entre le lycée Mendès-France et la gare TGV, un quartier entier pousse sur d’anciennes terres agricoles. Il s’appelle Cambacérès, il couvre 60 hectares, et il a changé de nature en octobre 2025 : les 2 500 logements prévus ont été remplacés par des bureaux et des écoles. Voici ce qui est déjà debout, ce qui arrive, et ce que la décision de la Métropole dit du projet.

L’essentiel

  • La ZAC Cambacérès Nord couvre environ 60 hectares et 400 000 m² de surface de plancher, dans un projet urbain d’ensemble de 350 hectares.
  • Elle est pilotée par Montpellier Méditerranée Métropole et aménagée par la SA3M, dans une concession de 25 ans courant jusqu’en 2038.
  • Le 14 octobre 2025, le conseil de Métropole a approuvé à l’unanimité la suppression des 2 500 logements au profit du tertiaire et de l’enseignement supérieur.
  • Sont déjà livrés : la gare, la Halle de l’Innovation, l’école Ynov et quatre immeubles de bureaux. Plus de 50 entreprises sont installées.
  • Le tram 1 y a son terminus depuis le 18 octobre 2025.
  • L’Autorité environnementale a rendu un avis très critique sur le dossier en novembre 2024.
Une rame du tramway ligne 1 au terminus Gare Sud de France, sur les voies neuves du quartier Cambacérès
Le terminus du tram 1 à Gare Sud de France, mis en service le 18 octobre 2025. Photo : Smiley.toerist, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Où c’est, exactement

Cambacérès occupe le sud-est de la commune, à mi-chemin entre le cœur historique et l’aéroport, à cheval sur Montpellier et Lattes. Le site est pris entre trois infrastructures : l’A709 — l’ancienne A9 — le borde au nord, tandis que l’A9 déplacée et la ligne nouvelle Nîmes-Montpellier le traversent en son milieu. C’est sur cette ligne que se trouve la gare Montpellier Sud de France, mise en service en 2018, deux ans après le contournement ferroviaire lui-même.

Le nom du quartier ne vient pas de nulle part : il reprend celui d’une famille montpelliéraine, mais la mémoire du lieu est d’abord agricole et aristocratique. Trois « folies » du XVIIIe siècle, ces maisons de plaisance typiques de la région, bordent encore le périmètre : le Mas des Brousses, le Mas de Barlet à l’ouest et le château de la Mogère à l’est. Ce dernier donnera son nom au parc urbain de 18 hectares prévu dans l’opération.

Le quartier était auparavant connu sous le nom d’« Oz Montpellier Nature urbaine ». L’opération d’ensemble a été lancée en 2012 et la ZAC créée par délibération en 2013, avec un dossier de réalisation approuvé en 2014. La Métropole en a confié l’aménagement à la SA3M, sa société d’aménagement, pour 25 ans, soit jusqu’en 2038.

La façade du château de la Mogère, folie montpelliéraine du XVIIIe siècle, en bordure du quartier Cambacérès
Le château de la Mogère, folie du XVIIIe siècle en limite est du périmètre : le futur parc urbain de 18 hectares portera son nom. Photo : Georges Seguin (Okki), CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Ce qui est déjà debout

Contrairement à l’impression que donne le terrain vague vu depuis l’autoroute, une bonne partie du quartier existe. La délibération métropolitaine d’octobre 2025 en dresse la liste : la gare Montpellier Sud de France, la Halle de l’Innovation — un bâtiment de la Métropole dédié à l’hébergement d’entreprises du numérique et de l’innovation —, l’école du numérique Ynov, et quatre immeubles tertiaires où se sont installées des entreprises comme Engie ou Qair France. S’y ajoutent le lycée Pierre Mendès-France, le stade et le gymnase Françoise-Spinosi, construits en 2009, donc antérieurs au projet.

Ces immeubles de bureaux ne sont pas placés au hasard. Ils forment ce que le dossier appelle l’enveloppe urbaine sud : un alignement de bâtiments aux façades jointives, le long de l’A9 et de la ligne nouvelle, dont la fonction première est de faire écran au bruit pour le reste du quartier. Quatre des cinq bâtiments prévus sont construits.

Côté desserte, le tram 1 a été prolongé depuis Odysseum jusqu’à la gare : la mise en service date du 18 octobre 2025. Les données officielles du réseau TaM que nous avons vérifiées confirment que la ligne 1 relie désormais Mosson à Gare Sud de France, et que l’arrêt Gare Sud de France est aussi desservi par le bus 15 — celui-là même qui doit devenir le Bustram 2 et dont le prolongement était programmé pour décembre 2025. Le lycée Mendès-France, lui, est desservi par le bus 15 uniquement. Pour les tarifs et le Pass gratuité, c’est dans notre mode d’emploi du tram et du bus.

Dernier équipement invisible mais réel : une centrale de géothermie sur nappe alimente le quartier. Selon la Métropole, elle puise à 120 mètres de profondeur, dessert à terme 450 000 m² de bâtiments via 2,5 kilomètres de réseau, et a coûté 17,5 millions d’euros, dont 4,6 millions financés par l’ADEME Occitanie. Sont raccordés ou prévus : la gare, la Halle de l’Innovation, le siège régional du Crédit Agricole et le futur campus de Montpellier Business School.

Le virage d’octobre 2025 : les logements effacés

Le programme initial de la ZAC tenait en trois lignes : une halle de l’innovation, 130 000 m² de bureaux et d’établissements d’enseignement supérieur, et 2 500 logements dont 30 % de logements sociaux et 500 destinés aux étudiants. Ces logements devaient accueillir environ 5 000 habitants.

Ils n’existeront pas. La Métropole a décidé de consacrer la partie située entre l’A709 et l’A9 à un quartier d’affaires et d’enseignement supérieur, des bâtiments tertiaires remplaçant les surfaces destinées au logement — à surface de plancher totale inchangée, 400 000 m². Seule exception maintenue : la possibilité de construire 150 logements au sud de la gare.

La procédure a suivi son cours en 2025. Une participation du public par voie électronique s’est tenue du 28 juillet au 5 septembre 2025, puis le conseil de Métropole a approuvé le dossier de réalisation modifié le 14 octobre 2025, à l’unanimité des 71 votants. La participation du public, elle, a été modeste : douze contributions reçues par courriel, que la délibération résume honnêtement.

Deux d’entre elles portaient directement sur le changement de programme, et elles divergeaient : l’une saluait la pertinence du projet pour la vitalité économique de la Métropole, l’autre jugeait le projet économique insuffisamment précis. Deux autres contributeurs, favorables à la qualité d’aménagement et à la desserte, regrettaient « qu’il n’y ait pas de logements à proximité dans une logique de ville du quart d’heure ». Réponse de la collectivité : la ZAC Nina-Simone, voisine, prévoit environ 400 logements diversifiés. Quatre contributions, dont une de l’association Vélocité, portaient sur le maillage cyclable ; la Métropole y répond qu’un véloparc couvert, fermé et sous vidéosurveillance est en cours d’installation près de la station de tram et de la gare.

Sur le fond, la justification tient en une phrase de la délibération : la totalité des surfaces initialement prévues en bureaux et enseignement supérieur avait déjà été commercialisée, et plus de 50 entreprises avaient confirmé leur implantation. La Métropole positionne désormais Cambacérès « en complémentarité avec le quartier Eurêka », sur un créneau de bureaux dits prime destinés aux grands comptes et aux entreprises internationales.

Ce que l’Autorité environnementale reproche au dossier

Le dossier a été soumis à l’Autorité environnementale, l’instance de l’État chargée d’évaluer la qualité des études d’impact. Son avis délibéré du 21 novembre 2024 est sévère, et il est public. L’Ae reproche d’abord à l’étude d’impact de se limiter aux seuls aménagements relevant de la SA3M, en excluant des opérations pourtant menées en même temps et fonctionnellement liées : l’extension du tram 1, la ligne nouvelle et la gare, la transformation de l’A709 en boulevard urbain, la centrale géothermique.

« L’actualisation est enfin marquée par des erreurs méthodologiques et des insuffisances majeures, notamment en matière de définition du nouvel état de référence, des aires d’études et populations concernées. »

Autorité environnementale, avis délibéré n°2024-101 du 21 novembre 2024

L’Ae relève aussi des incohérences concrètes : des cartes « floues, incorrectement titrées et non légendées », l’absence d’échéancier de réalisation, aucune précision sur la hauteur des bâtiments ni sur le nombre d’usagers attendus, et une contradiction interne — le dossier affirme en un endroit qu’« aucun logement ne sera construit » alors que 150 figurent ailleurs. Les principaux enjeux environnementaux identifiés sont le bruit et la qualité de l’air, les émissions de gaz à effet de serre, l’imperméabilisation des sols, le régime des eaux, les paysages et la biodiversité.

Il faut rappeler ce qu’est un avis d’autorité environnementale : il porte sur la qualité de l’étude d’impact, pas sur l’opportunité du projet, et il n’est « ni favorable, ni défavorable ». La Métropole y a répondu par un mémoire mis à disposition du public, et un troisième avis a été rendu en 2025 et versé au dossier de participation. Il reste que, sur un chantier de cette ampleur, l’État a pointé des lacunes et que la délibération d’approbation ne les mentionne qu’en renvoyant à ce mémoire.

Ce qui arrive, et quand

Trois chantiers sont engagés et signés : la Halle Nova, le campus de Montpellier Business School et le siège du Crédit Agricole du Languedoc. La délibération d’octobre 2025 donne un ordre de grandeur utile : le quartier accueillera plus de 145 000 m² d’ici 2028, sur les 400 000 m² prévus à terme. Autrement dit, à l’horizon 2028, un peu plus du tiers du programme sera sorti de terre ; l’achèvement de la ZAC, lui, est envisagé en 2038 dans les hypothèses de modélisation du dossier.

RepèreChiffre officiel
Projet urbain d’ensembleenviron 350 ha
ZAC Cambacérès Nordenviron 60 ha
Surface de plancher programméeenviron 400 000 m²
Livré ou engagé d’ici 2028plus de 145 000 m²
Parc urbain de la Mogère18 ha
Logements prévus après modification150 au maximum, au sud de la gare
Entreprises déjà implantées ou confirméesplus de 50
Coût estimé des aménagements de la ZACenviron 115 M€
Fin de la concession d’aménagement2038
Schéma de la ZAC Cambacérès Nord : 60 hectares entre l’A709 et l’A9, la gare Sud de France, le terminus du tram 1 et le parc de la Mogère
Schéma Montpellier Inside — non à l’échelle. Sources : dossier de réalisation modifié de la ZAC et avis de l’Autorité environnementale.

Pour un quartier qui a été dessiné comme un morceau de ville complet, la bascule vers le tout-tertiaire n’est pas anodine. Montpellier a déjà fait l’expérience inverse à Antigone, conçu d’un seul geste avec ses logements, ses commerces et ses places : ce qui s’y vit le soir n’a rien à voir avec ce qui se vit dans un parc d’affaires. La réponse de la Métropole — les logements seront à côté, dans la ZAC Nina-Simone — est vérifiable ; elle le sera dans quelques années.

Questions fréquentes

Peut-on habiter à Cambacérès ?

Presque pas. Le programme modifié approuvé le 14 octobre 2025 a réaffecté la quasi-totalité du volet logement au tertiaire et à l’enseignement supérieur. Seuls 150 logements restent possibles, au sud de la gare. Les logements du secteur sont attendus dans la ZAC voisine Nina-Simone, où la Métropole annonce environ 400 logements diversifiés.

Comment s’y rendre en transport en commun ?

Par le tram 1, dont le terminus est l’arrêt Gare Sud de France depuis le 18 octobre 2025. L’arrêt est également desservi par le bus 15. Ces deux dessertes sont confirmées par les données officielles du réseau TaM publiées en open data.

Pourquoi le quartier s’appelait-il « Oz » ?

« Oz Montpellier Nature urbaine » était le nom de communication du projet urbain d’ensemble créé en 2013. Il a été remplacé par Cambacérès, du nom du secteur. Le périmètre et le concessionnaire, eux, n’ont pas changé.

Le parc de la Mogère est-il ouvert ?

Non. Le parc urbain de 18 hectares figure dans la programmation de la ZAC, mais aucune date d’ouverture n’est donnée par les documents officiels que nous avons consultés. Le château de la Mogère, lui, est un édifice privé situé en limite du périmètre.

Quel est le rapport avec la gare TGV ?

Il est central : la ZAC est organisée autour de la gare Montpellier Sud de France, que le dossier qualifie de pôle d’échange multimodal. La gare a été mise en service en 2018, un an après le contournement ferroviaire Nîmes-Montpellier sur lequel elle est implantée.

Sources

Informations vérifiées le 2 octobre 2026 sur la plateforme de participation de Montpellier Méditerranée Métropole, l’avis de l’Autorité environnementale et les données GTFS du réseau TaM. Une erreur ? Écrivez-nous, on corrige et on le dit.

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