Antigone, le quartier que Ricardo Bofill a dessiné comme une ville antique

À moins de 700 mètres de la Comédie, Antigone est un quartier entier dessiné comme une ville antique par Ricardo Bofill, à partir de 1979, pour des logements en majorité sociaux. Histoire, places, adresses et tram.

Notre méthode
Les façades néoclassiques d’Antigone dessinées par Ricardo Bofill, autour de la place du Nombre d’Or
Antigone, la ville antique imaginée par Ricardo Bofill, place du Nombre d’Or. Photo : Fred Romero from Paris, France, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

Mise à jour du 28 septembre 2026 : article réécrit et complété (chronologie officielle, places, équipements, marchés, tram, questions fréquentes).

À moins de 700 mètres de la place de la Comédie, Montpellier possède un quartier entier dessiné comme une ville antique : colonnes géantes, corniches, places en hémicycle. C’est Antigone, conçu par l’architecte catalan Ricardo Bofill à partir de 1979 et construit dès 1983 sur un terrain de l’Armée, entre le centre et le Lez. Un quartier de logements, en majorité sociaux, qui se parcourt à pied sur près d’un kilomètre, du Polygone jusqu’au fleuve. Voici son histoire, ce qu’il faut y regarder et ce qu’on y fait.

L’essentiel

  • Projeté dès 1979 par le maire Georges Frêche et son adjoint Raymond Dugrand, dessiné par Ricardo Bofill.
  • 36 hectares sur un terrain de l’Armée ; 1 800 logements prévus, en majorité sociaux.
  • La place du Nombre d’Or, première réalisée, abrite 288 logements sociaux.
  • Label « Architecture contemporaine remarquable » depuis 2018.
  • Tram 1 : arrêts Antigone, Léon Blum, Place de l’Europe. Marché le mercredi matin, marché paysan le dimanche matin.

Une page blanche et un architecte catalan

À la fin des années 1970, un vaste terrain appartenant à l’Armée attend, vierge de toute construction, entre le centre et le Lez. C’est là que naît Antigone, rappelle la direction régionale des affaires culturelles (Drac) d’Occitanie, projeté dès 1979 sous l’impulsion du maire Georges Frêche et de son adjoint, le géographe Raymond Dugrand.

L’opération prend la suite de la zone d’aménagement du Polygone, achevée en 1977, qui devait se prolonger par un projet « Polygone II » centré sur une vaste zone verte, détaille le ministère de la Culture. Le nouveau maire change d’architecte : le 22 mai 1979, Ricardo Bofill est engagé comme architecte en chef. Il présente en 1980 son plan masse, un axe de perspective monumental et des places en enfilade qui mènent la ville jusqu’au fleuve. La suite s’étale sur vingt ans :

AnnéeÉtape (chronologie de la Drac)
1982mise en chantier de la place du Nombre d’Or
1984livraison des premiers logements sociaux
1985place du Millénaire, Maison des syndicats, centre Dom Bosco
1986-1987les Échelles de la Ville, l’actuelle rue Léon-Blum
1988-1989Port Juvénal, place de Thessalie, hôtel de Région, guinguettes du Lez
1990-1992la Coupole, le quartier Rabelais, l’hôtel Mercure
1996piscine olympique et médiathèque Émile-Zola, hors projet initial
1998percée de la place du Nombre d’Or vers le Polygone
2000arrivée du tramway, halles Jacques-Cœur

Le monumental pour tout le monde

C’est le détail qui change tout : Antigone n’a jamais été pensé comme un quartier de prestige. L’objectif, écrit la Drac, était un quartier mêlant logement, emploi et équipements, « avec prioritairement la réalisation d’appartements sociaux ». La notice du ministère de la Culture parle de 1 800 logements, dont une majorité de logements sociaux. Autour de la seule place du Nombre d’Or, on en compte 288.

Le pari avait sa part d’ambiguïté, que la même notice ne cache pas : Antigone a d’abord été conçu comme un ensemble fermé, « sans lien avec la ville existante ». Il a fallu percer un immeuble du Nombre d’Or, en 1998-1999, pour ouvrir le quartier vers le centre ancien. Quant à l’architecture, « d’abord controversée », elle a été « très vite plébiscitée », résume la Drac.

Une ville antique posée au bord du Lez, avec du linge aux fenêtres : Antigone est exactement ça, et c’est ce qui le rend attachant.

Le parcourir place par place

Antigone se lit d’ouest en est, sur près d’un kilomètre, des Échelles de la Ville à l’hôtel de Région. Partez du Polygone et suivez l’axe.

Les façades néoclassiques de la résidence Le Nombre d’Or, place du Nombre d’Or, dans le quartier Antigone
La place du Nombre d’Or, première réalisation d’Antigone (1984). Photo : Fred Romero from Paris, France, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

La place du Nombre d’Or. La première réalisée : une place à quatre lobes de 13 000 m², dont le plan s’inspire, selon le ministère, d’églises de la Renaissance italienne comme Santa Maria della Consolazione, à Todi. Au centre, un carré de 48 mètres de côté bordé d’arbres. Ses bâtiments suivent la règle du nombre d’or, d’où le nom, note l’Office de tourisme.

La place du Millénaire. Plus végétale, elle aligne cyprès et pins parasols le long d’une promenade de 100 mètres. La perspective passe ensuite sous une arche formée par la Maison du travail et des syndicats et un immeuble de la Métropole.

La place de Thessalie. Ordonnancée en miroir du Nombre d’Or, elle a sa fontaine d’où semblent sortir des bustes de demi-dieux, qui « fait la joie des enfants », assure l’Office de tourisme.

L’esplanade de l’Europe. Le grand hémicycle ouvert sur le Lez, avec ses pelouses, s’inspire des crescents, ces immeubles en arc de cercle du néoclassicisme anglais. C’est là qu’il faut finir la promenade, au coucher du soleil.

L’hôtel de Région. Sur l’autre rive, il ferme la perspective avec sa grande arche et ses deux verrières de 21 mètres de haut. Construit entre 1986 et 1989, lui aussi signé Bofill, il ne faisait pas plus partie du projet d’origine que l’hémicycle de l’Europe, précise le ministère.

Ce qu’il faut regarder

  • La « pierre ». Ce n’en est pas : c’est du béton teinté dans la masse, d’un ocre rosé proche de la pierre de Montpellier, posé en panneaux préfabriqués.
  • Les corniches. Place du Nombre d’Or, elles avancent de 5 à 6 mètres en surplomb.
  • Les colonnes. Les plus massives cachent les escaliers de secours.
  • Les statues. Des copies de sculptures gréco-romaines célèbres : la Victoire de Samothrace, la Vénus d’Arles, la Diane à la biche.
  • Les noms de rues, rue de l’Acropole, rue Poséidon, rue d’Athènes. Et le plan : vu du ciel, le quartier dessine une clé, s’amuse l’Office de tourisme.

Tout cela a valu à Antigone le label « Architecture contemporaine remarquable », décerné en 2018 par le ministère de la Culture pour le projet initial des places du Nombre d’Or et du Millénaire.

Immeubles d’Antigone avec une colonne géante et des corniches incurvées en surplomb, sous un ciel bleu
Colonnes géantes et corniches en surplomb : le vocabulaire classique de Ricardo Bofill, en béton teinté. Photo : Josep Bracons from Barcelona, Catalonia, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.

Ce qu’on y fait

La médiathèque centrale Émile-Zola, dessinée par Paul Chemetov et Borja Huidobro, offre 1 400 places assises : c’est notre adresse préférée pour un après-midi de pluie. La piscine olympique Angelotti, signée Bofill, aligne un bassin de 50 mètres et un bassin ludique ; elle ferme quelques semaines chaque fin d’été pour sa maintenance.

Stands et promeneurs lors de l’Antigone des associations, dans le quartier Antigone à Montpellier
L’Antigone des associations, en septembre 2016. Photo : Peter from Salisbury, UK, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

La place du Nombre d’Or accueille deux marchés, et les halles Jacques-Cœur ouvrent tous les jours. C’est aussi dans le quartier que se tient, à la rentrée, l’Antigone des associations, le grand rendez-vous associatif organisé par la Ville.

En pratique

Marché d’Antigone
place du Nombre d’Or, le mercredi de 7 h à 14 h
Marché paysan
place du Nombre d’Or, le dimanche de 8 h à 13 h 30
Halles Jacques-Cœur
boulevard d’Antigone, du lundi au samedi de 7 h à 20 h, le dimanche et les jours fériés de 7 h à 14 h
Médiathèque Émile-Zola
218 boulevard de l’Aéroport-International ; mardi, jeudi et vendredi dès 12 h, mercredi et samedi dès 10 h, jusqu’à 19 h (21 h le jeudi, 18 h 30 le samedi) ; dimanche de 14 h 30 à 18 h d’octobre à avril ; fermée le lundi
Piscine olympique Angelotti
195 avenue Jacques-Cartier ; du lundi au vendredi de 9 h à 21 h 30, le samedi de 9 h à 19 h 15, le dimanche de 9 h à 13 h 15 et de 15 h à 19 h 15 ; 04 99 54 78 12

Y aller

À pied, les Échelles de la Ville sont à environ 500 mètres de la place de la Comédie, de l’autre côté du Polygone. Allez-y ainsi, et levez la tête.

En tram, la ligne 1 traverse le quartier : arrêt Antigone pour le Nombre d’Or, Léon Blum pour les halles Jacques-Cœur, Place de l’Europe (lignes 1 et 4) pour l’esplanade, la médiathèque et la piscine. Gratuité pour les résidents de la Métropole : voir notre guide du tram et du bus. En voiture, les parkings sont dans notre mode d’emploi du stationnement ; les halles Jacques-Cœur ont le leur, de 75 places.

Vos questions

Qui a dessiné le quartier Antigone ?

L’architecte catalan Ricardo Bofill, disparu en janvier 2022, engagé comme architecte en chef le 22 mai 1979 par la municipalité de Georges Frêche. Il a aussi signé l’hôtel de Région et la piscine olympique.

Pourquoi la place du Nombre d’Or porte-t-elle ce nom ?

Parce que ses bâtiments suivent la règle du nombre d’or, la proportion chère aux architectes classiques, explique l’Office de tourisme. Son plan à quatre lobes s’inspire d’églises de la Renaissance italienne.

Antigone, ce sont des logements sociaux ?

En grande partie, oui : 1 800 logements prévus, dont une majorité de logements sociaux, selon le ministère de la Culture. Le quartier mêle aussi bureaux, commerces et équipements publics.

Quel tram pour aller à Antigone ?

La ligne 1, arrêts Antigone, Léon Blum ou Place de l’Europe ; la ligne 4 dessert aussi Place de l’Europe. À pied, comptez environ 500 mètres entre la Comédie et les Échelles de la Ville.

Antigone est-il classé monument historique ?

Non. Il a reçu en 2018 le label « Architecture contemporaine remarquable », pour le projet initial des places du Nombre d’Or et du Millénaire : une reconnaissance, pas une protection.

À lire aussi : la place de la Comédie, et pourquoi on dit l’Œuf, point de départ naturel de la promenade ; le brunch quartier par quartier, jusqu’à Port-Marianne, sur l’autre rive. Nos autres repères du quartier sont sur la page Antigone.

Sources

Informations vérifiées le 28 septembre 2026 sur les sources liées ci-dessus. Une erreur ? Écrivez-nous, on corrige et on le dit.

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